Une histoire de sens

Hello mes amours, mes amis, mes emmerdes

Je n’ai pas publié depuis juin 2018 : non que je n’aie pas écrit, nuance, mais ce qui s’est dit derrière ce blog est bien trop intime pour être étalé. J’estime que publier et donc partager doit servir à tous, et non pas être un simple exutoire personnel qui ne serve que mon moi.

Il s’est passé une vie entre Juin dernier et donc aujourd’hui : un déménagement, un mariage, des cours de danse incroyables à Los Angeles, un virée à Vegas entre filles, des rencontres, des accents, des plats, des sourires, des larmes, de la fête. Une vie. J’avais l’habitude de penser que le temps passait vite. Je pense désormais que c’est moi qui passe vite.

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’un cours particulier de danse que j’ai donné, que je ne risque pas d’oublier de si tôt. Qui dit déménagement dit nouvelles écoles, nouveaux élèves, tout reprendre à 0, rebâtir une réputation et refaire ses preuves. Ce qui peut faire peur au premier abord s’est rapidement révélé très excitant. Au milieu de toute cette reconstruction, il y a les demandes de cours particuliers, divers et variés. Un enterrement de vie de jeune fille, une envie de devenir plus souple, le besoin d’apprécier sa féminité différemment ou simplement appréhender avec plus de confiance son propre corps.

Et puis j’ai reçu une demande via Facebook, à priori classique : la personne souhaitait apprendre à danser, pour se sentir plus à l’aise avec son corps ( elle a donné l’exemple très précis de la soirée entre amis où elle n’osait pas). Après avoir discuté des modalités classiques, j’ai lu l’information suivante «  je suis aveugle ». Je ne saurai pas vous dire ce qui s’est passé dans mon ventre à ce moment là, parce que oui ça s’est passé vers cette zone. Tout s’est entremêlé, la prof, la personne, la compassion, l’admiration, l’étonnement, la peur, l’appréhension, un bon gros paquet d’émotions. J’ai tout de suite indiqué que je n’avais jamais fait ça mais que j’étais prête à essayer, qu’il fallait se sentir et « voir » où on pouvait aller ensemble.

Le rendez vous avait été pris deux semaines à l’avance et mon quotidien aidant, je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser. Ce n’est que sur le trajet de ce cours, que j’ai commencé à imaginer mille scénarios. Il faisait très beau ce jour là, je ne connaissais pas ce quartier, et j’ai laissé mes jambes me guider. Je savais que j’allais vivre quelque chose d’unique, je souhaitais juste que cela soit positif.

Elle m’ouvre la porte de l’immeuble, je la suis, je l’observe me guider dans son espace le plus intime, me décrire son appartement, m’inviter dans l’espace dédié à notre cours. Je n’ai pas le temps de me poser des questions, tout s’enchaine très vite : je comprends que chaque mot choisi est précieux et que le ton de ma voix l’est tout autant. Ne surtout pas dire, regarde. Je me découvre décortiquer comme je n’ai jamais fait auparavant : chaque mouvement devait être traduit dans le plus simple et pourtant juste mot. La direction, le rythme, l’intensité, le niveau. Vivre le moment en 3D.

Elle est souriante, réactive, volontaire. Elle comprend vite, m’indique que je peux la toucher pour mieux la guider dans l’espace. On rit, on s’amuse, on danse, de la manière la plus simple qui soit. Je ne vois pas l’heure passer. Elle me raccompagne en ayant fixé le rendez vous suivant. Et je ressors de là, complètement sonnée de ce qui s’est passé, de la fluidité avec laquelle tout s’est enchainé.

Elle ne voit rien, elle est traductrice, lumineuse et vivante. Plus que bon nombre d’élèves/humains que je connais. Elle ne voit rien mais elle m’en a fait voir de toutes les couleurs. Je suis passée par tellement d’émotions à cet instant. 60 mn à faire attention à chaque mot, à chaque pied, à chaque épaule. Elle m’a rappelé les basiques de la danse, bien loin derrière la performance et l’esthétique. Juste de la danse, entre remuer et se dandiner, cette intervalle où James brown et dua lipa se croisent. J’ai retrouvé le plaisir d’enseigner des choses très simples, qui remuent l’âme, comme une joie d’enfant retrouvée. Ces joies simples et évidentes.

Je lui ai peut être donné un cours particulier mais elle m’a donné le meilleur cours particulier de ma vie : elle m’a rapatrié au sentiment premier du mouvement de corps. Sans penser à la technique, à l’esthétique, au choix de chaque chose, au sens réfléchi de la discipline. Elle m’a fait danser sans mon cerveau mais avec mes 5 sens. Un moment sans miroir interne ni externe. Hors du temps. Hors de moi. Un moment entre mon corps, brut, et la musique.

Et j’ai souri. Incroyable comment la vie donne à certains et enlève à d’autres. Inimaginable la force et l’envie de vivre. Invraisemblable quand je pense à ceux qui ont tout mais qui pourtant, ne font rien pour mieux se ressentir, vivre.

 

Je ressens mes yeux différemment depuis cette rencontre. Et je regarde les aveugles autrement.

 

A.

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