Place

Bien le bonsoir à vous

Ce soir j’ai envie de parler de contexte, de vie, d’humains, de relations et de conscience.

Je suis retombée sur une photo de moi, au milieu des mes petits camarades de CP : la classique photo qui fait pouffer de rire, parce qu’on se remémore, qu’on se moque gentiment de ces autres, qu’on se rappelle des oubliés et qu’on se dit que c’est bien loin. Je me suis amusée à me rappeler les premières amitiés, les premiers flirts, les premiers rebonds de cœur et les premiers complexes.

Aucun camarade de CP ne fait partie de ma vie actuelle, et pourtant, j’ai un souvenir précis de mes affinités comme de mes réticences. Comme une empreinte de corps et de sensation. Je n’étais pas toute blanche : j’étais la petite aux lunettes qui avait l’air d’un ange mais qui te volais ton goûter en douce pour adorer te regarder pleurer ensuite.

Je ne saurais pas dire précisément comment, mais j’ai très vite fait la différence entre ceux que j’appréciais réellement et ceux que je devais subir parce que c’est le jeu social qui le veut (mais qui ne le vaut pas).

A vrai dire, je n’ai pas de souvenir de moi disant à une tierce personne, je ne veux juste pas avoir d’interaction sociale avec toi. Je pense qu’on est assez intelligent pour se sentir et surtout flairer le malaise quand le courant ne passe simplement pas. Le franc parler, sans agressivité ni manque de respect, est un passeport international.

Par la suite, avec un pied dans chaque pays, et une tête souvent ailleurs, mes cercles se sont élargis : la base c’est le cercle familial. Ajoutons à cela le cercle amical/ amoureux, le cercle des connaissances, le cercle fiesta, le cercle de la danse, le cercle qui cherche son statut…bref, la VIE version « je connais trop de monde et je veux être sur tous les fronts», qui prenait une énergie folle et qui était surtout inutile..

Doucement mais sûrement, ma manière de voir les relations a évolué vers quelque chose de moins soutenu : J’ai lâché prise pour laisser mes relations aller et venir à leur gré, pour les vivre, au jour le jour, sans historique à maintenir au nom de je ne sais quelle règle stupide. Je peux passer 30 mn avec un inconnu dans la rue et ça va être un moment que je n’oublierai jamais et entretenir cette amitié précieuse qui dure depuis quelques années. Je ne compare pas les deux, il n y a pas d’échelle d’importance, c’est juste complètement différent et ça m’apporte tout autant. Je n’ai pas à choisir. Je ne peux pas.

On a tous autour de nous quelqu’un qui nous reproche de ne pas l’appeler assez souvent, ou un autre qui estime que si on ne partage pas chaque détail du quotidien, c’est qu’on ne fait pas assez confiance. La liste des règles de chacun est tellement longue. Personne n’a tort, personne n’a raison. Il suffit d’aller là où on est le mieux.

Ça ne m’est pas tombé du ciel comme une révélation : J’ai expérimenté un peu chaque forme de relation. Le call quotidien, le trop proche, le trop loin, le trop distant, le très précis, le très confus et chaque humain a éclairé ma lanterne sur ce que je pouvais être et ce que je ne pouvais pas être. J’ai modelé jusque conscientiser ce qui m’allait sans offenser l’autre. Trouver l’équilibre. Sans imposer. Sans ignorer. Une balance.

Même en trouvant mon modèle, j’évolue dans une société : toute nouvelle rencontre est une nouvelle observation, un nouveau terrain de jeu. J’ai par exemple adoré découvrir cette sensation d’affectionner une personne qu’on ne voit que rarement : être lucide, savoir que se voir souvent n’est juste pas possible, sans empêcher l’entrain du moment. Ni le fausser. Et surtout, ne pas feindre le «  on doit se voir plus souvent » ou le « je t’appelle bientôt ». Non, je t’apprécie, on passe un très bon moment, mais on ne s’appellera pas, on n’a pas besoin de la petite comédie de fin. Les moments sans suite ont AUSSI leur importance. Et les déguster est tellement agréable.

J’ai beaucoup de mal avec ceux qui n’ont pas pris leurs aises avec le moment à vivre sans mimer la suite. Ceux qui ont besoin de l’étiquette. Du statut. Celles qui s’étonnent de ne pas savoir. Ceux qui insistent. Ceux qui n’ont pas compris qu’on a été réunis par un contexte, que l’on n’a pas été proches et qu’on ne le sera jamais. Et que ça n’enlève rien à la beauté du souvenir. Je dois bien être le contexte de quelqu’un. Ainsi va la vie.

Et vous : avez vous besoin d’un historique pour avoir une relation ? Vous ne donnez de l’importance qu’aux anciens ? Ou est ce que vous avez gardé la fraicheur de la première rencontre fortuite ?

Faites-vous bien la différence entre ceux que vous voyez parce que c’est le contexte ou est ce que vous pensez que vous avez une vraie place dans la vie de tous ceux qui vous entourent?

Prendre conscience de sa place : on peut être un sourire, un pilier, une attraction, un trophée, une CB, un bon verre, un confident ou une amie. On peut aussi juste ETRE. De temps en temps. A travers une story. Un déjeuner. Un clin d’œil. Une danse.

Tout n’a pas besoin de suivi. D’entrée plat et dessert. Les pointillés ont aussi leur saveur. Je dis souvent à mes élèves que le corps sait toujours avant l’esprit. Nous savons pertinemment de qui nous avons besoin.

Arrêtez de prétendre le rapprochement. LA relation. LE moment.

Ne vous amusez pas à vous lustrer auprès de tout un chacun.

Passez plus de temps à vous amuser avec vous même.

Parce qu’au final, vous savez très bien ce qu’il en est.

Aicha.

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