Cheers

C’est assez incroyable ce qui peut se passer au cours d’une journée : on se réveille, et on ne sait jamais à quelle sauce émotionnelle on va être mangé. On a une idée du déroulé, des horaires, mais on n’a jamais de prévision sur ce que notre corps pourrait ressentir. Chaque pas, chaque échange, chaque poème dans le métro, chaque regard peut vous retourner l’humeur. Ou le ventre.

Au détour d’un verre entre filles, j’ai repensé aux certitudes qu’on peut avoir en couple, que le temps s’amuse à tordre, délicatement. On échangeait sur l’évolution du ressenti, avant, pendant et surtout après. A postériori, on peut en rire, mais le fait est que lorsqu’on est dedans, on est à mille lieues. Mille lieux de la vérité.

Et je me suis amusée à naviguer entre les ressentis que j’ai pu avoir, d’un homme à l’autre, souriant de mes affirmations, me moquant des évidences et des convictions laissées bien derrière. Chaque relation m’a appris quelque chose sur moi et sur l’autre. Sur la manière d’entendre les mots, de vivre l’instant et de l’interpréter objectivement pour pouvoir le ressentir sainement. Sans ego, sans mauvaise foi, sans défi. Il y a surtout dans chaque bout de chemin fait à deux un chemin fait avec soi. Au-delà des projections, des échecs et des réussites, il y a notre vérité. Qu’on décide de regarder, de faire évoluer, d’affronter. Ou qu’on essaye d’étouffer, de mettre en sourdine.

Je me suis réjouie devant ces souvenirs : ils n’invitent pas tous à faire la fête mais chacun d’entre eux attable la réflexion. Tout ce que j’aime dans les relations humaines.

Certains diront que l’on retient toujours mieux dans la douleur, je dirais que les leçons se fichent de leur propre forme. Le message est toujours clair, explicite, rigoureux. La douleur ou toute autre manière d’amortir la leçon est propre à chacun. Bien trop de choses entrent en jeu : le contexte, l’entourage, l’humeur, les principes, la personnalité, l’enfance, les projections et j’en passe.

Je me suis aussi réjouie d’observer l’évolution de ces femmes autour de moi, à travers les relations : elles se réinventent à chacune d’entre elles, comme une actualisation d’application, mais sans la notification. Le plus drôle est qu’on pourrait interviewer tous ces hommes, ils n’auraient jamais la même description de la même femme.

En tant qu’amie, j’ai une visibilité qui reste limitée (et ça me suffit largement) : je ne verrai jamais ce que pourra voir la mère, le supérieur hiérarchique ou le mari. La vie est ainsi faite. On ne pourra jamais assez connaitre quelqu’un : du simple fait qu’on ne pourra pas être la personne qui concentre tous les amours dont nous avons besoin. C’est sûrement mieux ainsi.

Et puis on s’est attardé sur cette notion qui implique que la personne avec qui on partagerait le plus long bout de chemin concentrerait, ou du moins essayerait, un peu de tout ça. Un peu d’amour maternel, charnel, amical, fraternel …c’est tout de même lourd comme responsabilité. Sous quel prétexte ? Je suis tiraillée entre la part de vérité de cette notion et l’autre part qui rappelle que chacun a sa place, et que non, un homme ou une femme ne remplacera JAMAIS tous les autres.

Chacun a sa place. Chacun nous apporte quelque chose. Et c’est l’interaction de l’ensemble qui nous fait grandir, pleurer, rire.

On a pour habitude de finir la soirée en levant nos verres à une sorte de conclusion qui nous réunirait toutes, sauf que là, il y avait clairement divergence d’opinions. Entre celle qui n’associe l’homme qu’au charnel, celle qui projette tous ses besoins sur ce promis et celle qui tangue entre tous les impératifs du cœur humain.

J’avoue qu’il y a de quoi se taire. Et surtout de quoi explorer.

Toujours pas de recette en vue : les choses se vivent, s’expérimentent, sans jamais représenter la vérité universelle. Ce pourquoi je parlais de notre propre vérité.

On a fini par lever nos verres : aux amours de nos vies, toutes formes confondues.

Aicha

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