Par(cours)

J’ai envie de parler de la danse. De Los Angeles, du soleil, des sourires des inconnus et du BONHEUR de voyager, de nager dans l’inconnu. J’ai un amour particulier pour les Etats unis, pour la grandeur culturelle et pour cette énergie positive si puissante. J’ai vécu quelques temps à New york, et j’y suis retournée tous les ans, avec cette même avidité de découverte : surtout pour prendre des cours de danse oui, mais pour essayer de discerner chaque visage, chaque couleur de la ville. Et ça a chaque fois eu un impact positif. Différent à chaque passage, mais toujours constructif.

Casablanca. J’ai commencé la danse tard, à l’âge de 15ans : quand d’autres se baladaient la jambe derrière l’épaule, je faisais à peine connaissance avec le lexique de cet univers. Je m’étais dirigée vers le modern’jazz un peu par hasard (ma prof oriental avait décidé de faire une pause cette année-là). En terme de prérequis, j’étais loin. TRES loin. Et pis un cours, deux cours, j’adore, j’adhère, je travaille, je me prends des claques à tout va, j’y crois et je décide que ce sera ça et rien d’autre.

Nice. J’avais 17 ans quand j’ai été acceptée au sein d’une formation de comédie musicale. Tout y passe : les claquettes, le chant, les cours de danse. Sauf que je n’étais pas dans « un dos tres », c’était beaucoup plus tendu dans le sens où j’étais souvent à la ramasse en terme de technique (pas de bagage classique solide). Et je développe cette manie de comparer, quasi automatiquement. De ne relever que ce que je ne maîtrise pas : je vous passe les détails des chouchous qui sont mis en avant, de ma prise de poids, des phases de doute et de l’expérience de la première année seule à l’étranger. Je suis du genre positive, alors je garde tout ce qui m’a hissé : j’avais une prof de jazz géniale, que j’admirais en secret, qui m’a beaucoup poussé. J’ai rencontré des personnes merveilleuses avec qui je suis toujours en contact. Nice est ma ville de cœur, je l’affectionne comme un ex avec qui l’on signe une jolie fin.

Paris. Au-delà de l’attrait pour la capitale, cette ville représente  de vraies opportunités et une diversité de cours plus importante. Une formation scène à dominante contemporaine. La culture de la preuve. Les messes basses, les réseaux, la concurrence, l’autre visage du milieu. Les petits états d’âme du sud m’ont paru bien loin. C’était le coup de pied au cul. La découverte d’autres courants. D’autres enseignements. D’autres pédagogies. Je ne trouve pas vraiment ma place, et commence à prendre des cours en dehors de la formation. Et c’est LA où j’ai commencé à progresser, où j’ai fait connaissance avec le lâcher prise, où j’ai réussi à quitter le carcan des «  il faut que ». Je découvre le Street Jazz, tombe amoureuse de la diversité d’assimilation et me libère des cases.

New York. Je crois que mon corps a compris l’essence de la danse là-bas. J’ai eu comme une révélation : très nombreux au sein des classes, les âges confondus, le niveau hallucinant et l’engagement dans l’instant. J’ai ressenti de manière très intense le fait de se DONNER, véritablement. J’avais jusque-là toujours pris cours en essayant de m’approprier, en gardant au fond comme une ombre psychologique qui m’empêchait physiquement de lâcher, de juste faire. Un nœud mental. Le fait est que ça marche souvent de la même manière en France : rares sont les profs qui se penchent sur le potentiel. Qui vous portent. C’est souvent à base de comparatif ou d’ignorance. Aux US, ça marche différemment : il y a un esprit très show à chaque mouvement, quelque chose qui détonne et qui ne peut pas être fait à moitié. Il y a beaucoup plus de dialogue, de partage de vision : on se focalise sur le fait d’améliorer les choses, d’aller plus loin tout en gardant son identité. Sans chercher à uniformiser. C’est le fond des choses : trouver SA propre danse. Au-delà des appellations, de la technique, il y a les sensations. Et lorsqu’on m’a transmis ça de la sorte, ça a littéralement TOUT changé dans mon rapport à la danse. J’ai commencé à apprécier et à absorber différemment.

J’ai quitté le comparatif pour m’installer dans mes capacités, mes challenges. J’ai supprimé le mot impossible (et ceux qui ont connu ma souplesse comprendront mieux le progrès haha), j’ai mieux choisi mes cours et forcément j’ai progressé dans mon corps, avec moins de blessures et moins de force.

Los Angeles. Cette année j’ai choisi cette ville dont on m’a beaucoup parlé. Et j’ai été servie, à tous les niveaux. J’en ai pris plein les yeux, plein les jambes, plein les papilles, plein les humains. J’ai dégusté les chorégraphies, rencontré des chorégraphes que je suis depuis X temps, (re)découvert d’autres chemins. C’est bien là tout le kiff de la danse : le fait de toujours avoir à améliorer, à apprendre. Ça parait tellement simple quand j’y repense mais dans les faits, c’est bien plus compliqué de se détacher de cette charge mentale qu’on s’impose à nous-mêmes. On se ne réveille pas joliment un matin en désactivant le bouton de l’impératif de perfection. Et je pense que ça s’applique sur pas mal de choses. L’exemple ici parle de la danse, mais on peut étendre ça à bien des domaines.

Si j’ai pris le temps à ce jour d’exprimer ce bonheur que de se laisser aller à l’imperfection, c’est grâce à la bouffée d’oxygène et de bonnes vibes que me laisse cette virée américaine.

L’âme sait généralement quoi faire d’elle-même.

Le défi est de faire taire l’esprit.

A.

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