A « peu » près ?

J’ai revu un ami hier soir : à vrai dire ce n’est pas un ami. C’est plus le genre de connaissances croisées dans des soirées mémorables, le genre de personne avec qui le courant est toujours passé, avec qui la complicité est naturelle. Le genre de connaissances avec qui il n’y pas eu l’occasion de creuser l’amitié. Nous vivons dans deux pays différents. Et je n’ai pas hésité une seconde à le programmer.

Nous avons mangé un bon burger comme j’aime, d’autres connaissances nous ont rejoint et on a passé une très bonne soirée : nous étions quatre, j’étais la seule fille et nous avons refait le monde. Nous nous sommes laissé emporter par les mots, les insinuations, les rires, les référentiels similaires et d’autres moments heureux. Nous avons trinqué au désir et à l’amitié. Nous nous sommes laissés allés aux confidences d’adulescents. Nous avons échangé nos points de vue, nos faiblesses, nos jugements, nos pas en avant, nos pas en arrière, nos projections, nos carrefours de vie et bien d’autres choses.

J’ai mangé, ri, fait des high five, gloussé : je n’ai pas vu le temps passer. Un soir de semaine, 1h du matin, ça ne m’était pas arrivé depuis un certain moment. Non que mamie soit mon deuxième prénom, c’est surtout que je veille à maintenir mon rythme physique. J’ai deux métiers, de longues journées que j’adore, et un physique qui s’entraîne tous les jours. Cette soirée m’a rappelé que les âmes se reconnaissaient par leurs vibrations et non par leurs apparences. Bien loin est le baromètre  des tête-à-tête, textos et appels.

Alors oui, il faut surveiller ce qu’il y a dans le plat, éviter les sommeils à pas d’heure, éviter le surmenage et bien d’autres aménagements au quotidien (je passerai les épisodes du sac à faire tous les matins, de la transformation vestimentaire quotidienne, la gestion de la douche, ne rien oublier, écouter les derniers sons….). Et cet intermède m’a fait un bien fou. Il ne faut pas se leurrer, toute ambition a une dette. Et mes dettes sont de l’ordre du social. Clairement. Chaque entrevue est mise à l’épreuve de la valeur ajoutée. Si cela ne m’apporte pas de l’énergie positive, du rire, de la détente intellect, de l’information, du plus dans ma vie, ça n’a pas lieu d’y accorder du temps. Je n’ai plus l’énergie de faire pour faire. De me laisser aller à. De faire, juste. Mon physique est celui que j’écoute le plus au monde. Et s’il est fatigué, pas d’humeur, entre deux, il est impensable que j’aille au-delà pour une entrevue ou autre prétendu « impératif social ».

Quand je pense que je faisais ça auparavant : y aller parce qu’il fallait y aller. Enchaîner pour faire plaisir à tel. Tenir pour rester dans le délire. Ne pas s’écouter.

Dès que j’ai atteint la connexion avec mon corps, que j’ai compris que ne pas écouter ses moindres maux provoquait une avalanche de discordes entre la tête et le reste des membres, que remplir les cases sociales n’apportait strictement rien de plus ( surtout du moins en fait) à mon propre bien être, j’ai fermé le rideau. NET. Comme un robinet qui referme. Pas de plaie. Pas de sang. Juste un arrêt. J’ai besoin de me challenger. Constamment. Je n’ai pas peur de l’échec. Mon ennemi c’est l’abandon. Et s’assoir pour écouter une personne qui parle de la dernière paire de chaussures, se déhancher avec une autre qui ne sait pas lâcher prise, marcher avec celui qui est toujours dans la retenue et bien d’autres « à peu près » ne font juste plus partie du tableau.

Ce n’est pas possible.

Ce n’est plus possible.

Je ne supporte plus les « a peu près ». Je ne me contente plus. Je sais ce que je veux. Je sais ce que je ne veux pas. Et je n’en ai que faire de l’attente de l’autre. Des prérequis imposés par l’autre. Si l’on n’a pas le même langage je ne vais plus m’y atteler plus qu’il n’en faut. Cela ne veut pas dire que la notion d’effort est balayée. Ne mélangeons pas. Je parle là de l’effort inutile, creux, superflu. Et ça englobe, le verre, la soirée, le livre qui ne me plaît pas dès les premières pages, la discussion surjouée…(liste trop longue et trop négative).

Aller là où je me sens bien, où je ne connais pas, où j’apprends, où je comprends mieux quelque chose, où je suis surprise, amusée, éclatée.

Si l’on ne créée pas sa bulle d’énergie positive, de challenge, de fondamentaux, on n’avance plus. On ne se surprend plus. On se repose. On se rouille.

La force, la vraie force, c’est de se passionner. Pour son travail, son jogging, son voyage, que sais-je. Chacun son créneau. Mais continuer à voir plus haut. Plus ouvert, plus aérien, plus loin.

J’espère que vous êtes connectés avec vos corps, que vous vous écoutez et que vous faites ce qui vous  fait  du bien, ce qui vous élève et non ce qui vous arrange ou ce qui doit être fait. J’espère que vous ne vous contentez pas d’être «  à peu près » bien, « à peu près » là où vous devez être, « à peu près » heureux. J’espère que vous ne vivez pas à peu près.

 

A.

 

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