Juillet 2016

C’est fou ce qu’une hausse de température peut changer.

Paris est folle au premier rayon de soleil. Je dis bien folle. Les spots, les terrasses, les lunettes de sortie, les sièges chauds, les métros collants, la goutte d’eau dans le dos, les nu pieds, les jupes-shorts-robes. La liste de l’attirail est très longue. Il faut le voir pour le croire. C’est comme un dénudé généralisé. De peau, de cœur, de corps, de jardins. Et j’adore sentir Paris basculer dans cette saison ensoleillée qui embellit l’ensemble. Tout ce qui m’entoure tend à m’installer, à me prélasser, à me faire prendre un verre, à me débarrasser de tout bout de tissu de trop.

Le bonheur de se mettre à la lumière du jour sans regarder la montre, bouquiner avec les lunettes restées bien trop longtemps dans le placard, reprendre contact visuellement avec mes jambes, mes bras. Se prendre une glace. Se prélasser à tous les niveaux.

J’aurai aimé faire un article radieux, parisien, insouciant, en vacances mais ce serait ignorer ce qui s’est passé à Nice, ce serait faire croire que cela fait partie du quotidien, ce serait censurer mes doigts qui ne demandent qu’à rassembler les lettres autour de ça.

Et en même temps que dire sur cet (énième) évènement tragique ? Qu’ajouter à cette horreur plus qu’elle n’en dit déjà ?

Je ne suis pas française de nationalité mais je suis plus que niçoise de cœur. Les mots ne décriront jamais assez le sentiment d’inquiétude que j’ai ressenti pour mes amis. La peine que j’éprouve pour toutes ces familles. J’ai récemment fait connaissance avec le deuil. Le deuil naturel des choses de la vie. Qu’en est-il des deuils imposés ? De ces deuils qu’on ne voit pas venir ? De ces silences fracassants ?

Nice n’est  pas la simple jolie ville du sud où il fait bon vivre : c’est la ville où j’ai vécu juste après avoir quitté Casablanca. C’est celle où je suis passée d’adolescente à adulescente. C’est celle de mes premiers torts et travers, mes premiers déboires et mes premiers succès. La partie de vie qui jubile sans les parents, qui grandit avec les erreurs et qui festoie à tout va. La ville qui a retourné mes certitudes, qui m’a présenté des personnes sur lesquelles je compte encore aujourd’hui. Nice c’est les premières amitiés étrangères, les relations de cœur et d’intelligence, les journées heureuses et l’horizon large.

Le climat a été morose cette année en France : entre le social, les attentats, les amalgames et les éternels débats, le 49-3, sans oublier les bêtises insoutenables de certains politiciens, l’Euro avait légèrement fait passer à autre chose. Légèrement. On avait commencé à flirter avec la joie. A être détourné de la contestation permanente. A se retrouver autour d’un seul événement. Le sport c’est fédérateur me direz-vous.

Et puis non. 80 morts. Et je ne sais combien de vies brisées. De chocs à encaisser.

Cette fois ci j’ai la haine (encore plus) vive.

J’aime la vie pleine, les cœurs qui débordent, les gens qui transpirent, dégoulinent, sont. Oui, qui sont submergés, d’émotions, de beautés, de tourments aussi, parfois, mais ils sont là, palpables, réels, puissants de ce qui nous fait vivre, de ces minutes fortes qui décapent le temps et donnent à l’existence sa dimension, toute sa splendeur.

Avoir souffert, souffrir, n’a jamais empêché un être de bouffer la joie lorsqu’elle se présente sur son chemin. Au contraire. Je pense que seuls ceux qui ont eu mal savent être vraiment heureux quand l’occasion s’offre à eux.

Allons.

On va les dégager ces dérangés.

Je vous retrouve à la rentrée.

A.

 

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