Dear walking dead

Cela fait quelques mois que je croise un couple : tous les matins. Un couple qui rayonne d’amour. Un couple qui s’enlace tous les matins au même endroit, avant de se quitter. Les cheveux grisonnants pour lui et une chevelure couleur jais pour elle. La première fois que je les ai vus, j’ai eu chaud au cœur. Ils s’embrassaient goulument, délicieusement, doucement, au milieu de toutes ces jambes pressées et de la sonnette de métro. Le lendemain, j’ai souri de malice de les recroiser. Et le troisième, d’affilée : je me suis dit qu’il fallait que je m’habitue à cette dose d’amour. Je les regardais discrètement au départ. Et avec le temps, j’ai limite envie de les embrasser. De leur dire que c’est beau. Que ce qu’ils dégagent est merveilleux. Que ça rosit nos plus sombres dessins animés de petite princesse tordue par la réalité.

Je croise l’amour dans les gares, les aéroports et les restaurants. Des embrassades furtives. Des bisous volés. Mais pas de passion qui déchaîne. Pas ce baiser qui arrête le temps. Et le fait d’en voir un, pire (ou mieux ?), l’avoir tous les jours, est un sacré plaisir. Comme une page publicitaire heureuse. Qui ne cherche pas à embobiner. Juste à envoyer du bonheur. Pure et dure. Le truc qui existe de moins en moins. Le truc auquel on croit rarement parce qu’on a développé une méfiance de tout.

La méfiance de celui qui s’approche de trop près, la  méfiance de celui qui demande une information pour enchainer sur le besoin d’1 euro, la méfiance de l’étranger. L’étranger physique, l’étranger émotionnel, l’étranger à notre zone de confort. J’en suis arrivée à les chercher en descendant de mon métro. Ne pas les trouver parfois pour les retrouver quelques pas plus loin. L’escalator, main dans la main. Etoiles dans les yeux et corps enlacés. Et je n’en suis que plus transportée.

Et puis ça fait quelques jours que je les vois plus. Bon j’avoue je me réveille un peu plus tard aussi. Je n’irai pas jusque régler mon alarme selon ça mais quand même, il me manquait quelque chose lors de ce changement de ligne de métro. Et puis je me suis dit que la prochaine fois que je les verrai, je leur dirai à quel point ils sont beaux. Et si je les sens bien, je pourrai même prendre une photo avec eux.

J’ai partagé ça avec une amie : elle a éclaté de rire en me disant qu’ils étaient sûrement amants. Et qu’on ne pouvait pas être passionné à cet âge. Comment peut-on être aussi blasé ? Je n’ai pas relevé. J’avais envie de la claquer contre un mur (si tu me lis, je t’aime quand même haha) d’avoir donné une couleur différente à ce moment. Ça n’a duré que quelques secondes. Je n’en ai rien à cirer du statut. Ce qui m’importe c’est le rituel de ce baiser matinal. Je n’ai que faire des conventions. De ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. Chacun fait ce qu’il veut. Je me réveille. C’est déjà beaucoup. Si en plus je dois chercher comment un couple peut « encore » s’embrasser comme ça, autant ne plus jamais me réveiller.

Bon dieu ! L’humanité aurait-elle tourné le dos à l’amour à ce point-là ?

Du premier prince sur son cheval blanc au dernier connard que j’ai envoyé bouler chez sa maman, je n’ai jamais laissé tomber. Doit-on forcément ne plus croire à quelque chose juste parce que ça n’a pas marché ? Ou parce que ça ne rentre pas dans les clous ? Les clous de qui bordel ?

Ne faussez pas vos attentes à cause d’une expérience qui n’a pas eu la fin heureuse que vous aviez imaginé. La vie est un jeu entre notre imagination et la réalité. Il y a ceux qui arrivent à connecter les deux et ceux qui s’entêtent à rester dans leur imaginaire. Il y a ceux qui n’imaginent plus aussi. Qui sont d’un terre à terre atterrant. Ennuyants à CREVER. Ceux-là je les tremperai bien dans un épisode de Walking Dead. Parce que ce sont des morts vivants. Bien plus dangereux dans la vie réelle.

A tous ceux qui n’y croient plus : arrêtez d’empiéter sur ceux qui se donnent les moyens de le vivre. Enfermez-vous dans votre fatalisme, vous qui avez tout vécu et qui comprenez tellement de choses.

Nous vous choquerons. Nous vous perturberons. Nous serons vivants là où vous avez laissé votre corps. Nous serons féroces là où vous êtes policés. Résignés. Nous jouirons fort. Nous vous provoquerons des hémorragies oculaires. Des allergies inconnues au bataillon médical.

Et lorsque le tour de manège sera fini, nous sourirons. De bonheur d’avoir pu ressentir. D’avoir pu frémir.

Bandes de macaques.

Nous serons en fer. Nous serons en or.

A.

 

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