Résonance

Mars est bien parmi nous. J’hallucine toujours autant sur la rapidité des journées qui passent. Je crois que je commence à m’y habituer. Maman m’a dit que c’était le début de la sagesse. J’ai bien ri. Elle m’a dit qu’accepter que les choses se fassent et accepter que certaines choses nous dépassent était le départ de beaucoup de choses. Je n’ai pas répondu : non que je ne veuille pas en discuter, il se trouve que j’étais en vacances pendant une semaine avec elle, sur Paris. J’ai savouré ma ville au ralenti, en laissant la montre à la maison, le téléphone au fond du sac et la précipitation bien loin. La météo a été clémente, on a même pu avoir quelques rayons de soleil : j’ai pu faire ma touriste, m’égarer dans quelques magasins, pousser des portes que je ne regarderai même pas au quotidien, savourer les choux de la rue Montorgeuil et m’enfouir dans ses bras.

Maman me rappelle d’où je viens et forcément où je vais. Elle a ce regard d’expérience sur des petites choses que je ne remarque plus mais qu’elle relève avec beaucoup de finesse. Cela fait bien longtemps qu’on a dépassé le rapport adolescente écervelée vs les parents. Elle représente aujourd’hui pour moi l’apaisement, la source et surtout l’objectivité. Je sais qu’elle a coupé le cordon et que lorsque je demande conseil, ce n’est pas la mère qui répond mais la femme. Et ça c’est une richesse qui n’a pas de prix.

J’étais toute chose lorsqu’elle a pris mon cours d’oriental. La voir s’insérer dans mon quotidien parisien est une chose, la voir danser dans mon cours en est une autre. C’est comme une consécration de soi à soi, l’apothéose de tous ces cours de danse où elle me déposait plus jeune. Le triomphe des efforts qu’elle a pu faire pour que je sois là où je suis. Comme une apothéose. Je suis bien au bon endroit. Au bon moment.

Et pis maintenant qu’elle est repartie, je repense à toutes ces petites choses dites, distillées, comme des graines laissées qui germent petit à petit. Typiquement, ce matin, je repensais à toutes les phrases balancées nonchalamment lors de cette semaine. Qui sous la coupe de la légèreté ont bien plus de poids qu’on ne veut bien l’entendre. Le cerveau humain est incroyable. Je ne sais pas si ça vous arrive. D’entendre des phrases résonner à nouveau : comme si le cerveau les avait mis de côté et pis qu’il attend le bon moment pour vous les rappeler, leur faire écho. Un peu comme une seconde chance d’interprétation. Ou de démenti. Tout dépend.

Il y a des évènements, des phrases, des plats et des baisers que le corps et l’âme s’amusent à rejouer : en se jouant de nos nez, de notre mémoire ou de notre sensibilité. En nous faisant des clins d’œil, des jeux de lèvres.  La nature humaine veut que l’on se remémore les moments agréables. Ceux qui nous transportent. Aisément.

C’est de bonne guerre.

Mais ce qui nous constitue psychologiquement est la balance des deux  : l’heureux et le malheureux. Prendre le recul d’une expérience malheureuse est aussi nécessaire qu’apprécier le reste. Et prendre le recul ce n’est pas y repenser de manière paresseuse avec la même conclusion : c’est faire évoluer la lecture au gré de la distanciation.

Yin et Yang oblige.

Je m’amuse donc depuis son départ à jouer avec les phrases et la distanciation. Et c’est plutôt fou de relever les différences d’interprétations.

Qu’en est-il pour vous ? Vous aimez certainement vous remémorer certaines choses : d’en sourire seul(e). Que faites-vous de ce qui ne vous fait pas sourire ? Vous le décortiquez ou est-ce que vous l’ignorez tout bonnement ?

Développez votre gymnastique mentale, parce que tout part de là.

Absolument TOUT.

A.

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