Parallèles

La semaine dernière j’ai vécu un moment étrange de liberté supplémentaire à celle d’habitude. Mon corps et mon cœur n’ont cessé de se parler, avec ma tête qui essayait de se placer au milieu, mais sans vraiment trouver sa place. Tout a commencé par l’accouchement d’une amie : pour tout vous dire, cette fille était ma meilleure amie au lycée. Quand j’utilisais encore le terme « meilleure amie ». J’y souris en y repensant. En tout cas, on a partagé BEAUCOUP de choses ensemble : la première boite de nuit, le premier concert, les premiers essayages de talons, les premiers maquillages en douce, les shootings improvisés dans nos chambres, du temps où l’on attendait que ça se développe chez le Kodak du coin. C’était la seule chez qui je pouvais passer la nuit, son frère était pour moi le plus beau du monde, nos problèmes d’adolescentes, nos envies de femmes, nos impatiences de découvrir l’inconnu et bien des choses ont rythmé cette période.

Après le bac, nos chemins se sont séparés : j’avais quitté le Maroc, pas elle. Et on s’est retrouvés 5 ans après, à nous raconter, à nous sourire, à nous rire et à nous dire que le temps était une farce. Elle s’installait avec son mari ici : on avait changé pour sûr, mais le fond était le même. La même fluidité d’échange, le même débit de confidence et l’éclat de rire à l’unisson. Quelques mois plus tard, elle m’annonçait sa grossesse. Même si j’ai croisé son ventre, que je lui ai exprimé mon enthousiasme face à ce pas de géant dans la vie d’un couple, je n’ai vraiment réalisé le tout que lorsque je l’ai vu.

Le bébé dans les bras. A l’hôpital.

Je fais l’impasse sur l’épisode où je vais chez Jacadi. Où je me sens paumée. Que tout est petit mais que les prix font ma taille. Novice. Je suis une novice dans le monde des bébés.

Et j’ai réalisé en la voyant que c’était la première personne très proche que je vois sauter le cap, passer de l’autre côté : j’ai ressenti une profonde joie pour elle. Je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle dans mon esprit entre nos images de lycéennes aux jupes courtes et l’image que j’avais devant moi. C’était réellement fou. Sa maman était là, et c’était presque comme voir la mienne. Les bras ouverts, les blagues marocaines et l’évocation de ce passé qui est déjà bien loin. Un moment heureux, mais fou. Vraiment fou.

En sortant de l’hôpital, je croise celle qui n’en peut plus des douleurs dans l’ascenseur, celui qui fait les cent pas et le livreur de fleurs. J’ai eu chaud. Au visage et à la tête.

J’étais contente de retrouver mes élèves juste après. Histoire de réintégrer ma vie. Loin des couches et des couloirs.

Ce parallèle n’a pas été sans laisser d’effet sur mon esprit : je me suis amusée le soir venu à surfer sur la toile, à découvrir le monde parallèle des mamans qui s’expriment, qui se filment, qui s’échangent les astuces et qui parlent une autre langue (du moins pour moi).

J’ai rapidement laissé tomber pour taper sur le moteur de recherche : grossesse et sport. Et là je me suis amusée. Je suis tombée sur des vidéos très drôles de mamans en cours de danse, en musculation ou autre activité. L’antonyme de ce que j’imaginais. Ce n’est pas forcément bon vous me direz. Sauf que pour avoir eu une prof qui m’a donné cours jusque ses 8 mois, je veux bien croire que les deux ne sont pas incompatibles.

Alors pour trouver comment on fait des bébés sur Internet, y a à boire et à manger. En revanche pour ce qui est de l’après, là y a plus personne. Ou peut-être n’ai-je pas assez creusé. Peut-être que je ne voulais pas surtout.

J’ignore quand je fonderai ma famille, mais ce dont je suis sûre, c’est que je vais m’éclater à allier danse et ventre rond. Ça va être comique je le sens.

En attendant, je suis bien contente de n’avoir à penser à personne en plus.

J’avoue.

Egoïste que je suis.

Je dois vous avouer qu’en sortant de l’hôpital résonnait dans ma tête la chanson de la reine des neiges : «  libééérezzzzzz, délivrezzzzzz »

Ah si, je dois trouver la prochaine destination vacances 😉

A.

 

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