J’ai expérimenté le Free Hug

Depuis quelques années, il y a le phénomène du partage virtuel.Partager sa pomme, son dernier achat, son coup de cœur, son concert, sa tête. Ça c’est la partie ludique. Il y a ceux qui abusent du ludique. Et il y a ceux qui partagent et qui nous rappellent la magie du net. Le pouvoir de diffusion. J’adore regarder les vidéos. De danse, de chats, de DIY, de recettes, TED et j’en passe. Et puis il y en a une au milieu qui a retenu mon attention. Une vidéo de Free Hug. Je me souviens que ça a éveillé en moi l’envie de serrer des inconnus dans mes bras.

J’ai partagé ce sentiment avec mon père au téléphone ( il faut savoir que papa est l’homme qui me fait le plus rire au monde) : je lui ai décrit le rayon de soleil présent dans la vidéo, le fait que cette personne s’est simplement postée dans la rue, s’est mise à nue, et a ouvert ses bras à qui veut bien échanger de l’énergie positive. Un peu de bonheur gratuit. Les échanges. Les réactions. Et l’envie que j’avais d’expérimenter ça aussi. Que liker la vidéo ne m’avait pas suffi. Que oui ça m’avait filé la pêche de voir ces sourires échangés mais que j’avais envie de le ressentir, physiquement! Il était silencieux tout le long (j’ai dû parler longtemps) et a fini par me dire : Oui mais serrer quelqu’un que tu connais dans tes bras apportera plus de bonheur qu’un inconnu. ( dixit celui qui va tout de suite penser à la sécurité de sa fille). J’ai expliqué que le but était de sortir de ma zone de confort, de m’offrir à un exercice humain. Que je n’avais rien à perdre. Qu’au pire personne ne me prendrait dans ses bras. Et qu’au mieux, je lui raconterai.

Je suis friande des expériences. De nouvelles expériences. Des sensations, de l’inconnu, de l’étrange, du recoin. Il y en a plein dans ma tête qui attendent leurs check. J’en ai parlé /proposé à un ami photographe, Alban que je remercie d’ailleurs, de m’accompagner là-dessus. Il a tout de suite dit oui. Et hop, agenda, à la pause-déjeuner, aux alentours du Louvre.

Et on s’est retrouvé : ma pancarte et moi. Alban à une bonne distance avec un appareil photo, histoire de garder une trace, parce que oui, si l’exercice s’avère concluant, j’aimerais beaucoup partager ça. J’ai arboré ma pancarte, et me suis dit «  ah c’est pas comme être derrière son écran ». Un petit quelque chose dans le ventre les deux premières minutes, à se balader avec mon carton. Mon premier free hug s’est dirigé vers moi : souriant, confiant, rassurant. Je me suis reprise. C’était pour cette sensation que j’étais là. Et c’était parti.

Il y a eu des odeurs furtives de parfums, des sourires, des questions, des photos, des encouragements, des étonnements et beaucoup de bienveillance. J’adore observer les réactions des passants : autant vous dire que là j’ai jubilé. Entre ceux qui vous remarquent et qui n’osent pas, ceux qui vous sourient du genre «  je t’encourage mais je ne prends pas le temps de », ceux qui froncent les sourcils à chercher l’erreur, les touristes. J’ai jubilé. Mon sourire n’a pu que gagner en endurance.

Il y a ceux qui se dirigent franchement. Ceux qui assument leur hug. Ceux qui vous disent qu’ils en avaient besoin. Qu’il fait froid et qu’ils ne comprennent pas qu’il n’y ait pas la queue pour cette dose d’amour gratuite. Il y a ceux qui entament la démarche et qui ne se laissent pas aller : ce n’est pas un hug franc, mais plus une accolade, histoire de laisser une distance de sécurité. Une distance imposée par tout ce qu’ils peuvent se dire à ce moment-là. Une distance que je me dois de respecter. Ils font l’effort et c’est déjà ça. Il y a le hug qui ne vous lâche pas, qui se délecte, qui absorbe/envoie le plus d’énergie possible et qui fait du bien.

Et puis il y a celui qui ne veut pas faire de Hug mais qui veut prendre une photo avec vous : histoire de se taguer sur Facebook après. Parce qu’il travaille sur son image de mec cool vous comprenez ? De mettre une belle phrase à qui veut bien être sensible à l’engagement (mon cul oui) de ce dernier. Parce que ouais paris c’est génial. Parce que nous on se fait des câlins t’as vu. J’ai refusé. Net. J’ai rappelé que le but c’était pas ça. Qu’il y avait d’abord l’échange. Le hug bordel. Lâchez-moi vos téléphones 30 secondes. Je suis revenue vers Alban à ce moment-là et je lui ai dit : prochaine séance, je refais la pancarte et au verso, je mets Free Fight.

Il y a le couple qui passe et qui s’offre le hug à 3. Franche rigolade. L’anglais qui fait un bisou sur la joue et qui court derrière son bus. La maman qui tient sa poussette d’une main et qui hug de l’autre. Cet article serait trop long si je m’étalais sur chacun des hug. Je doute que mes mots puissent vous décrire objectivement ce que mon corps a pu emmagasiner comme énergie positive.

Le temps est passé à une vitesse incroyable. C’était mon premier shot de Hug. Et je veux un verre entier. Je compte bien le refaire une deuxième fois. Au début c’est étrange. Comme tout. Et pis je m’y suis enfoncée. Grâce à tous ces inconnus que je ne reverrai jamais mais qui m’ont donné un bout d’eux l’espace de 10 secondes. J’y ai trouvé bien plus que ce que je pensais. Je connaissais les recharges d’énergie à travers la danse, le verre solitaire, la famille ou le sommeil. Mais je ne connaissais pas la recharge du free hug. Je tâcherai de partager la vidéo une fois que l’expérience sera à terme. Mais je pense que je me ferai des shots de temps en temps.

Différentes villes. Différentes énergies. Que mon corps s’imprègne encore plus de ce monde. Plus de corps à cœur. Plus de cœur à corps.

Alors ouvrez-moi tout ça ! Passez de bonnes fêtes !

A.

 

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