Serments

Deux semaines après

Il faut dire que nos yeux ont parcouru beaucoup d’articles, de statuts, de vidéos, d’interview, de reportages. Une flopée d’informations. Comme un vomi qui ne s’arrête pas. Quelque chose qui sent mauvais. On essaye de comprendre l’indigestion mais le contenant nous dépasse. Le contenu aussi finalement.

Deux semaines après.

On se regarde tous différemment dans le métro parisien. Comme un silence qui sait. De moins en moins pesant. Toutefois présent. Les boulevards se décorent petit à petit. L’esprit des fêtes de fin d’année est quelque part par-là, mais il n’arrive pas encore à s’installer au milieu de ces esprits occupés. Ces esprits en deuil. Ces esprits aux mille questions.

Deux semaines après.

Et puis il y a ceux qui arrivent à nous faire rire au milieu. Ceux qui utilisent l’actualité, l’amalgame, le deuil pour en faire une jolie bouillie, quelque chose de subtil, respectueux, tout en étant hilarant. Jawad a été ciselé, sous toutes les coutures virtuelles imaginables. Des expressions sont nées. Des déclinaisons ont découlé. Comme une impression d’un besoin de rire général. Une recherche unanime de légèreté. La nécessité de retrouver les futilités.

Il y a quelques années ma grand-mère m’avait dit que l’une des chances qu’on avait dans la vie c’était la capacité d’oublier. Comme plein de choses que je comprends au fur et à mesure, j’ai souvent pensé à elle lorsqu’il m’arrivait de me souvenir de moments malheureux que ma mémoire avait complètement mis de côté. Comme un ordinateur qui met à la corbeille. Delete.

Mais il y a des choses qui ne s’oublient pas : il y a des choses avec lesquelles on fait avec. Du moins on essaye. Lorsque ça concerne la chair. Lorsque ça concerne la nation. Lorsque ça touche chacun d’entre nous. Que ça dépasse toute identité. Que ça implique l’instinct de survie. Que ça nous transperce les tripes. On n’oublie pas. On met de côté. On classe. On met en suspens. On met en veille.

On n’oublie pas. On ne peut pas. A moins que ce soit un déni. Ou le syndrome de Peter Pan.

Deux semaines après.

J’ai souri ce matin en levant les yeux. J’ai remarqué la présence de drapeaux français un peu partout. Et je me suis dit qu’il faudrait le faire plus souvent. Qu’il ne faudrait pas attendre un attentat ou une victoire sportive. Ces fous furieux trouvent leur victoire dans les scissions. C’est peut-être le moment pour que chaque français renoue avec son territoire. Qu’il se rappelle qu’il l’aime.

Un peu comme nos parents. Ils sont là. On se dit «  ben oui je les aime, c’est logique ». Sauf qu’on ne leur dit pas. Et eux non plus. « C’est logique ». «  ça va de soi ». Vraiment ?

Il y a des amours à dire. Il y a des drapeaux à lever. Il y a des unions à sceller. Et certaines d’entre elles n’autorisent pas la ponctualité. Elles se doivent d’être constantes. Alerte. Vives.

Merci de renouveler vos vœux.

A.

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