Paris

J’ai longtemps hésité avant d’entamer cette page blanche

Circonstances oblige : et je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas en parler. Un billet parmi tant d’autres, peut-être, mais celui-ci est le mien, ma manière d’expier ces derniers jours. Vendredi 13 novembre, une journée à priori comme les autres. J’allais me coucher quand mon téléphone a sonné. Trop fatiguée pour me lever. Une seconde notification. Les yeux au ciel à l’idée de devoir se déplacer pour l’éteindre. Et là, une déferlante de «  ça va ? » « tu es où » «  fais-moi signe ». Je n’ai pas complètement saisi sur l’instant : mais j’ai bien compris que quelque chose de grave s’était passé.

Allumer l’ordi. Paris. Attentats. Prise d’otage. Stade de France. Bataclan. Au petit Cambodge. Plusieurs choses diluées. Une confusion avant de comprendre que tout se passe en même temps.

Je suis marocaine. Je ne suis pas Française. Ça fait 10 ans que je suis en France. 10 ans de vie. 10 ans que la conscience du sol m’habite. Forcément. Il y a un moment où je me sens chez moi. Ce n’est pas une question de passeport. C’est une question de quotidien. De personnes rencontrées. D’expériences vécues. D’appartements habités. De sourires échangés. De terrasses occupées. De liens.

Je me réveille France. Je mange France. Je parle France. Je dors France. Et j’aime France.

Cela fait longtemps que je souris des débats stériles. Que je me moque de ces personnes qui ont besoin de crier tout haut leur religion. Que je ne me rue pas sur Facebook pour crier mon soutien à chaque guerre éclatée. Je ne m’arrêterai pas sinon. J’en serai malade. Je respire profondément à chaque fois que j’entends ou que je lis des amalgames. Je me contiens quand je décèle de l’ignorance.

L’argent. Le pouvoir. Les armes. La guerre. Le matraquage médiatique. Les intérêts. La géopolitique.

Il y a des choses qui me dépassent. Je ne suis qu’un tout petit point dans cette immensité. Je ne me mens pas : ce n’est pas mon statut ou ma photo de profil qui vont faire foi. Du moins ce n’est pas ma manière de soutenir ces innocents. Mais ces derniers évènements ont réveillé en moi toute la haine que je peux éprouver. Parce que ça s’est passé chez moi.

En fait, je me sens chez moi partout dans ce monde. Quand ça explose, ça m’ébranle. A chaque fois. Dois-je faire la liste ?

Paris a été meurtrie. Ce n’est pas la première ville. Ce n’est pas la dernière. Elle ne fait que subir le jeu des « grands ». Un « house of cards » version GTA. Et des civils qui payent. Des familles déchiquetées. Un tissu social ébranlé.

Aucune religion ne prône l’assassinat gratuit. Aucune religion ne demande à l’être humain de faire payer l’autre. Aucune religion. L’homme détourne. L’homme personnalise. L’homme.

L’appellation suffit à me faire siffler les oreilles : Etat islamique. On ne doit pas avoir le même coran. On ne doit pas le lire de la même manière. Il doit être à l’envers de leur côté. Je suis musulmane. Je suis citoyenne du monde. Je me contrefous de la religion de ceux que je fréquente. C’est la sphère intime. Quelque chose qui ne me regarde pas.

Il y a 6 mois c’était le prophète. Vendredi c’était la Syrie. Et demain ce sera quoi ?

En attendant, resserrez les rangs : J’ai moi-même cru que leur cible était ce qu’ils considèrent comme les « mécréants » mais aujourd’hui tout le monde est dans le même sac. C’est logique. Si l’on est différent, on mérite la mort. Pardi oui.

Identités plurielles.

Monologue interactif.

 » Par l’union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. »

Victor Hugo

(N’empêche si ça ne tenait qu’à moi, je ne les tuerai pas de sang-froid un à un, non ce serait trop facile. Je les mettrai dans une prison, avec du porc et de l’alcool au menu, matin midi et soir. MTV à fond, de bons clips sexy comme j’aime. Tous les jours. Jusque leur fin. Lente. Résignée. Délicieuse. Une mort vivante. Une mort qui vengerait toutes ces nationalités meurtries)

Mes condoléances.

A.

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