1 + 1

Cette semaine je cours, contre la montre, contre le temps, après les échéances et après tout ce qu’il y a à faire. Je suis plus productive quand il s’agit de dernière minute. C’est comme ça. L’organisation oui, mais l’organisation décalée c’est mieux.

Et quand je cours, j’aime jeter un coup d’œil sur ce qui m’entoure. Enfin plusieurs. Et cette semaine, je n’ai pu m’empêcher de relever la recrudescence du regain des publicités des sites de rencontre.

Que ce soit sur le web avec les interstitiels, l’affichage dans le métro ou les insertions magazines, je ne peux m’empêcher de m’arrêter sur chacune d’entre elles. Ma première lecture est toujours étudiante : la police, les couleurs, la disposition du message, le chemin de lecture proposé, le visuel.

Ma deuxième est plus féminine : la mise en scène, le choix vestimentaire, la barbe, le chat ( vraiment ?). Le sujet m’a toujours intéressé. Pour avoir fait mon mémoire là-dessus, je me souviens avoir appris tellement de choses sur le business des rencontres virtuelles. Et j’en ai gardé la curiosité. Et je surveille les tendances d’approche des cibles. Ce contexte social qui permet le passage du sujet tabou au vulgarisé.

Entre la bouche qui tait l’adultère, le geek qui veut s’envoyer en l’air avec sa belle-mère, l’agriculteur qui cherche une compagne entre deux vaches et le cœur brisé de la trentenaire à panser, sans oublier les communautaires, j’avoue que ce way to meet a encore de beaux jours devant lui.

Personnellement, je n’ai jamais eu l’occasion d’en essayer et je pense (ou est-ce une impression) que c’est un canal de rencontres comme un autre qui a trouvé sa place dans les mœurs. Fini le puritanisme stérile. Et comme tout canal digne de ce nom, il a ses codes, ses rouages, ses regards et ses interlignes. Il a à son actif les plus belles comme les pires histoires, tout comme notre chère « rencontre traditionnelle ». J’entends d’ici les «  oui mais ce n’est pas naturel », «  il me manque les papillons du premier regard », pire « on peut vraiment tomber sur n’importe qui ».

Les rigoureux moraux. Mes meilleurs amis.

Alors oui, peut être que l’imprévu met l’esprit dans des dispositions plus naturelles mais qu’est ce qu’on fait des esprits occupés ? De ceux qui ont un quotidien chargé ? De ceux qui ont connu un échec conjugal ? De ceux qui n’ont plus l’énergie d’arpenter les bars jusque pas d’heure ? De ceux qui ont deux bambins à coucher ?

Les temps d’une seule rencontre sont bien loin derrière. De nos jours, on a plusieurs vies en une seule. Ce n’est pas mieux. Ce n’est pas moindre. C’est comme ça. Pas de règles. Pas de repos. Pas d’assurance. Pas de fixité. Des entractes. Des entre actes.

Les expériences que mes amis ont pu partager avec moi ont chacune leur singularité : il y a le coup de cœur, le coup de cul, la relation, le flou artistique, le «  pas de catégorie », le crush et j’en passe. Pas plus et pas moins qu’une rencontre dans la réalité. Peut-être une excitation à imaginer l’autre en plus. Mais qui ne dure jamais longtemps. A moins que vous tombiez sur ces amoureux de relation virtuelle qui ne donnent jamais de rendez-vous. Un peu comme dans la « vraie vie ».

On a tous quelqu’un qui nous « adore » sur internet, qui utilise toujours le « on devrait se voir », qui maintient comme ça un engouement des mots. Et lorsque vous proposez un café, un dîner ou autre affaire concrète, il n’y a plus personne.

Le temps, c’est de l’argent ?

Le temps c’est des mots. Et des maux.

A.

Publicités