Circulez!!

D’évasion, de nouveauté, de découvertes, d’ouverture au monde et de dégustation d’âme.

Laissez-moi partager mon fanatisme du voyage.

J’ADORE voyager : me balader, me perdre, être attendrie, surprise et secouée. Comme agitée de l’intérieur. L’inconnu. Lain (commune française). Connu. Co-Nu.

Depuis que j’ai eu l’opportunité de faire mes études à l’étranger, j’ai tout de suite pris le pas sur ces déplacements furtifs, ces bouffées d’air qui émulsionnent : comme un coup de peinture au milieu du calendrier, qui laisse son odeur, sa couleur. Il y a eu les auberges, budget étudiant oblige, les bons plans, les connaissances, le hasard, les rencontres et heures souterraines. Et puis dès que j’ai commencé à avoir des petits jobs, des scènes à droite à gauche, j’ai toujours privilégié l’évasion. Pas de dépenses inutiles, parfois une tasse souvenir, mais un billet d’avion, une glace artisanale, une place, des inconnus.

J’ai toujours été attirée par l’inconnu. J’y vais, tête baissée, sans même me dire pourquoi, comment ou attention. Juste y aller. Ressentir, se laisser traverser, se laisser vivre. J’avais acheté une carte du monde, que j’avais collé aux toilettes (me demandez pas pourquoi cet emplacement) : et je m’amusais à m’imaginer partout. A mettre des croix, découvrir des pays, replacer certains, m’étonner d’autres dont j’ignorais l’existence. Et j’essayais de transposer mes envies à la tirelire. Petit à petit.

A chaque fois que je pose pied sur une terre inconnue (non pas l’émission), je me sens comme transportée vers une nouvelle ère : j’ai une sensation physique, littérale, entière, de «  prêt à ressentir, prêt à expérimenter » qui se met en marche. Mon moi, mes mimiques, mon rire, mon approche, mes pieds se déploient, s’engagent. L’heure, la texture, l’échange, le plat, l’autre, tout le monde s’active. Se dynamise. Lorsque je voyage seule, c’est mon système immunitaire sociale qui se régénère : une décharge de renouveau, de nouvelles données, de nouvelle langue, de nouvelles saveurs.

Chaque voyage a ses dimensions, sa résonnance en moi : qu’il dure 3 ou 20 jours, il laisse une trace, un écho, quelque chose d’unique. J’ai partagé mon excitation pour ma future escapade à Florence il y a quelques jours, et on m’a dit « oui mais moi je ne trouve personne avec qui faire ça ».

A ce moment précis, j’ai juste souri : il y a longtemps que j’ai enclenché en moi le silence qui sauvegarde l’énergie lorsque la personne vous importe peu. Il n’empêche que mon fort intérieur crie, rétorque, soupire (ces réactions ne sont jamais dans l’ordre). Cette manie d’attendre de vivre, de se trouver des excuses, ce besoin d’un autre dans l’histoire : un voyage est agréable lorsqu’il est partagé. Bien sûr, je ne remets pas en cause les bienfaits mentaux d’une bonne virée entre amis. Voir entre chéri (un seul à la fois). Mais seul, c’est tout aussi bénéfique.

Quelle est la dernière fois où vous avez fait quelque chose pour vous, sans attendre qui que ce soit ? La dernière fois où vous avez changé de chemin, juste pour voir ce que ça donnerait ? Ou est-ce que vous êtes du genre à attendre le week-end où vous aurez le « temps », à attendre qu’elle soit libre, qu’il vous rappelle pour organiser ça ?

J’appelle ça de la procrastination de vie, de la bêtise, du renoncement pur, gratuit, con. Si tu as la chance, le luxe de pouvoir voyager, que personne n’est disponible, que les agendas ne concordent pas, pourquoi ne pas le faire seul(e) ?

Je parle de passer du temps avec soi, de se recentrer, de fermer les yeux. Chaque être possède sa zone de confort, un cercle dont il connaît les recoins, et tout ce qui nourrit ce cercle, c’est tout ce qui est AU-DELA justement. (Imaginez 3 cercles, les uns dans les autres). Le voyage est une des expériences de vie qui nourrit le plus nos cercles.

Ah non, voyager seul ce n’est pas « courant », « dangereux», « bizarre » voire « tendancieux ». C’est cela oui. C’est comme prendre un café seul. Ça fait mauvais genre. Un peu comme une demoiselle qui lit son livre seule sur une terrasse. Au final, c’est un peu pour tout lorsqu’on attend. Ah pardon, vous savez que vous n’allez pas aimer. Oui vous savez. Vous en êtes convaincu. Savoir sans essayer. Théorie répandue. Pendu.

Attendez qu’on vous prenne par la main. Attendez qu’on regarde pour vous. Attendez les autres. Contentez-vous d’écouter, de vous identifier, de convoiter. Vous serez spectateur. C’est bien confort d’ailleurs. Les sièges. Bien chauds. Popcorn ?

En attendant, ma carte du monde est toujours dans les toilettes (de l’appartement parisien cette fois) : rien n’a changé, si ce n’est ma tirelire. Et mon imagination qui peut se permettre de voir plus loin que l’Europe.

A.

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