L’élan

Après un opening et quelques rayures, j’ai ouvert cette page blanche en me disant qu’il était tout de même primordial de vous parler de ce qui m’anime au quotidien, ce qui me retient, ce qui transcende mes sens, mes émotions et tout ce qui est rattaché : la danse.

La danse : je ne parle pas du lâcher prise du corps que vous pouvez ressentir après 3g d’alcool dans le sang, je ne parle pas de ce dernier cours en vogue pris avec une copine où vous avez éclaté de rire ou de la pratique ponctuelle d’une activité où le corps transpire.

Oubliez moi ces tendances d’associations de terme générique fourre-tout où on vous vend les ventres plats et le bien-être et laissez-moi vous parler de la discipline, de la passion, du dévouement, de l’obstination.

Quand je parle de danse, je parle de transformation de corps, de ressenti, de travail, de sueur, de découverte, de « jusqu’auboutisme », de musique, de connexion du cerveau au corps, de perpétuelle découverte, de challenge : personnellement, je ne vais pas vous dire que j’en fais depuis que je suis née, ou pire que je suis née en marchant sur la pointe des pieds. J’ai plutôt commencé par la danse orientale à l’âge de 11 ans, un passage qui m’a permis d’accéder à l’oreille musicale et surtout de faire connaissance avec les grands de la musique arabe, de la langue arabe et de la beauté de chaque instrument. C’est grâce à la finesse de mon professeur que j’ai commencé à avoir un rapport à mon corps au-delà du fonctionnel : j’y passais le plus clair de mon temps en dehors de l’école, et chaque note, chaque morceau, chaque chorégraphie était pour moi une ode à la joie. J’admirais secrètement cette silhouette gracieuse (je dis gracieuse mais c’est plutôt le côté canon qui m’obnubilait) qui nous transmettait au quotidien, cette femme qui me corrigeait jusqu’au bout des doigts, qui me faisait écouter chaque variation de rythme, qui m’a appris à décortiquer, qui a éduqué ma perception du son musical tout en l’aiguillant.

J’ai vécu au Maroc jusque mes 17 ans, et si je n’étais pas passée par cette case de danse orientale, je suis sûre que je n’aurai jamais développé la sensibilité que j’ai aujourd’hui en écoutant Oum khaltoum, en cherchant les paroles de Abdel Halim Hafiz, en passant par Nass el Ghiwane jusque Hoba hoba spirit. J’ignore si c’est l’âge ou si ce sont les influences étrangères ( parce que oui, je ne jurais que par Britney Spears, Jennifer Lopez et ceux à qui vous pensez) qui ont fait que je n’écoutais que de la musique occidentale à ce moment-là, mais avec du recul je me dis que j’aurai pu passer à côté d’une connaissance primordiale (aborder les influences musicales au Maroc est un autre sujet mais je ne peux m’empêcher de souligner l’importance de connaitre, ce qui n’induit pas forcément le fait d’apprécier, sa musique avant de s’approprier celle des autres). Mes premières scènes, mes premières coulisses, mes premiers maquillages, mes appréhensions irraisonnées d’essayer tel mouvement, la sensation du creux, des tripes, du trac, je les lui dois.

Le voyage de ce professeur d’1 an m’a contraint à chercher d’autres cours : comment pourrais-je vous décrire mes déceptions lorsque j’essayais d’autres cours, que j’étais confrontée à la vulgarité même qui décolorait ( ce qui lui valait par ailleurs une réputation des plus injustes) cette merveilleuse danse, que je constatais la différence de pédagogie et surtout ce manque de connexion avec les élèves devant des «  danseuses » qui n’étaient là que pour gargariser leur propre ego.. C’est ainsi que j’ai décidé de m’essayer au classique et au jazz, en attendant le retour de mon mentor.

Et c’était parti pour un nouveau tour de manège, de nouvelles découvertes auditives, une autre porte du monde, des pointés, de l’allongé, du retenu, du subtil : un jargon littéralement à l’opposé de la discipline à laquelle j’étais habituée… Et pourtant, la magie opérait autant : j’avais trouvé mon nouveau fief.

J’enchaînais les cours de classique et de jazz sans relâche : j’avais 15 ans, et bien des choses à rattraper au niveau de la technique. C’est ainsi que j’ai passé 2 ans à travailler différemment et que j’ai réalisé que ces sensations éprouvées n’avaient pas d’égal : alors oui il y a les douleurs, il y a la souplesse à travailler constamment, les pirouettes à améliorer, la musique à respecter, le coup de pied, les positions, le port de bras et j’en passe mais il y a surtout la sensation de liberté, d’osmose, d’imbrication et de ravissement. Il y avait le baccalauréat, il y avait le fameux «  que veux-tu faire plus tard », les fameuses comparaisons/recommandations des cousins et cousines, les projections de chaque adulte frustré face à ce bout de bac+ en devenir, et moi avec cette seule direction «  je veux être danseuse  jazz ». J’avais envie d’intégrer la cour des grands : j’avais progressé certes, mais avec 4 cours par semaine, on était loin du niveau du monde professionnel.

Et puis il a fallu réfléchir au fait d’aborder le sujet, de le projeter, de le vendre à mes parents, de peser le pour et le contre, de réfléchir à long terme, de tout remettre en question, d’obtenir entre autres ce bac ES, de passer les auditions et d’intégrer l’école convoitée (je m’y voyais déjà moi qui regardais la série « un dos tres » comme on regarde « games of thrones » de nos jours).

Je vous laisse imaginer le projet d’une adolescente ayant grandi au Maroc avec tout ce que ça comporte comme influence, idéologie, religion, et voyeurisme concocter son projet d’avenir…

Je vous donne rendez-vous pour la suite la semaine prochaine ^^

A.

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