Une histoire de rayures

Traîner sur son profil Facebook, c’est comme ouvrir un vieux tiroir, retrouver quelques bonnes notes, quelques gribouillis, des photos qu’on avait oublié, des personnes qui ne font plus partie de votre vie, des souvenirs qui font sourire, des détails que seul vous pouvez relever, des « anniversaires » que je trouve personnellement ridicule que ce réseau social a choisi de mettre en avant, des évènements marquants qui ne le sont pas ( pour ne pas dire pas du tout), les rencontres plus récentes, les privates jokes et j’en passe..

Et puis il y a vous, au milieu de tout ça: il y a d’abord vos propres traits que vous trouvez mignons ( ou pas), vos expressions ( que vous reconnaissez parfois ou pas), l’évolution de vos partages ( frénétiques/irréguliers/indéfinis/incertains/en recherche de rythme), vos silences, vos désarrois, vos sourires silencieux et votre éclat de rire à la résonance virtuelle.

Facebook est un merveilleux moyen de partage, de maintien de contact dans les cas de distance ( j’écris ça et je me dis que c’est parfois valable avec ceux qui se trouvent à moins de 20km), un espace d’expression, d’influence, d’information ( parfois erronée avec l’émergence de ces nombreux sites qui ne font que copier-coller, qui s’inspirent de sites  » d’informations » américains, s’auto proclamant « sources d’information »), de rassemblement, d’unité et d’osmose. Facebook est aussi un lieu solitaire, une vitrine que l’on veut bien décorer, un marketing exacerbé de soi, une mise en avant, une beauté, un abîme , un étalage, un réseautage, une « extension » de soi, un personnage virtuel fabriqué au gré de filtres, de selfies et de vies partagées ( racontées/ sublimées/ ratées/en recherche de sens).

J’ai rencontré des gens avec ce réseau social, des gens avec qui j’ai collaboré professionnellement parlant, d’autres qui m’ont apporté un moment de bonheur virtuel transposé au réel, d’autres qui sont tout simplement entrés dans ma vie, et ce par une porte insoupçonnée, n’est ce pas Leila? ^^

Il y a aussi ces personnes qu’on ajoute par curiosité, qui s’avèrent intéressantes, et à qui vous proposez un café et qui s’insèrent dans votre vie comme si vous les connaissiez depuis toujours: il y a aussi ces pages que vous suivez, qui semblent intéressantes à quelques partages/vidéos près et qui s’amenuisent au fil du temps, pour ne devenir qu’un espace qui fait l’aumône de like.

J’adore le caractère transverse de ce réseau qui vacille entre chill, friends, rencontres, musiques, découvertes et devinettes: A moins d’être d’une sélection sévère, on ne peut jamais deviner quel fil d’actualité peut nous être proposé. Il y a toujours là une vidéo insensée qui nous fait pleurer de rire dans le métro, un article sur la fin du monde qu’on lit d’un oeil soupçonneux ( avec la conscience bio qui nous fait du pied), ces inbox où on est 10 à papoter et les notifications ( aaaah les notifications, tout un monde).

C’est en retrouvant deux articles que j’ai publié en 2009 que j’ai eu envie de partager à nouveau: mon écriture ne s’est jamais arrêtée, elle n’a juste pas été systématiquement partagée. J’ai ouvert la page blanche, et les mots sont venus, tripotant mes doigts avec frénésie, rendant un hommage nuancé à Facebook, avec un sourire en coin de tous les souvenirs que ce dernier me lance littéralement à la gueule avec ses ( faits marquants/ évènements/anniversaire…).

Facebook, je t’aime, mais tes likes ne remplaceront jamais un seul compliment verbal, un seul appel téléphonique ou un regard silencieux dans la vraie vie: tu as pour sûr un ciblage indiscutable et une audience plus large que celle qu’on peut croiser au quotidien, mais ton quota « véracité de » reste toujours en suspens. Qui se nourrit de qui au final? Nos vies de toi ou l’inverse? Interdépendance? Obsession?

J’espère que vous ne ressentez pas plus de choses en étant sur le net que dans votre vie, ce serait dommage: Outillez vous parfois, mais n’oubliez jamais que tout se passe là où n’y a personne qui vous regarde, qui vous épie, qui attend, là où vous éclatez de rire, où vous oubliez l’instant et auquel vous repensez avec le délice sucré du  » my own moment » ( parce que oui ça existe).

Merci à tous ceux qui prennent le temps de partager, ça reste un effort ( vraiment?) louable

Une rayure? Une petite griffe au final.

Et un énorme clin d’oeil à tous ceux que j’ai connu grâce à cette plateforme.

A.

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